Le 19 juin dernier je recevais pour ma plus grande joie, mais quelque peu étourdi par celui-ci, un mail de l’importateur belge The Nectar m’invitant à participer à une réunion très privée, environ 30 personnes, dans le tout nouveau et flamboyant magasin Tasttoe de Boortmeerbeek en région flamande, afin d’assister à ce qui est à présent peut-être la dernière présentation des produits haut de gamme de la distillerie The Dalmore, par le maître lui même, j’ai nommé Monsieur Richard Paterson.

Le décor tout d’abord. Le magasin Tasttoe a ouvert ses portes un peu après la fête des pères 2017, il est donc tout beau, tout nouveau.

Je n’ai pas essayé d’estimer ses dimensions, mais elles sont pharaoniques, du moins je n’avais jamais vu pareil endroit.

Un peu déconcerté je retrouve Rens Defrenne, l’auteur de l’invitation que je remercie encore ici, Patrick Malingraux, redacteur du blog Whisky Explorer, ainsi qu’une petite trentaine d’autres invités.

Dans ce temple des spiritueux et d’entre eux le Roi Whisky, je déambule négligemment.

Impossible même de réaliser une photo d’ensemble, tant les étagères qui se dressent devant nous sont gigantesques et couvertes de flacons si précieux pour nous.

Richard Paterson lui même nous accueille, me tend la main droite et de l’autre une carte de visite qui deviendra pour moi une relique, d’une blancheur éclatante d’où semble jaillir le cerf argenté à douze bois.

Nous faisons un peu connaissance et je lui avoue ne pas bien maîtriser la langue de Shakespeare. Il me dit alors que si quelque chose m’échappe je n’aurai qu’à lui téléphoner plus tard, son numéro est au dos de la carte, j’ajouterais bien un LOL, mais ce n’est pas mon genre.

Un Dalmore King Alexandre III de bienvenue nous est offert et quelques canapés succulents.

La table est dressée, la nuit tombe, comment mieux commencer la soirée.

La séance va débuter, je l’ai vu tant de fois en vidéo, j’ai l’impression que quelque chose n’est pas réel.

Monsieur Paterson va d’abord nous expliquer pourquoi nous sommes là ce soir.

Nous allons découvrir quatre whiskies d’exception, un crescendo qui débutera avec un Dalmore Quintessence, suivi du Dalmore 35Y, du Dalmore 40Y…

Avant le bouquet final, nous ferons un passage très intéressant par des productions toutes autres, Sherry, Porto et Champagne, une déclinaison permettant de saisir l’ampleur du travail de maître assembleur, une déconstruction de la période de maturation d’un whisky que nous recevrons chacun.

En effet un sample de Dalmore 50Y sera extrait par le maître d’un sac bleu royal, déposé dans notre verre après qu’il ait enfilé son gant blanc pour l’occasion.

Cet embouteillage célèbre ses propres 50 années passées dans l’industrie du whisky.

A cette époque, il était un jeune homme, qui avait découvert ce monde et ce n’est pas un hasard, par l’odorat.

Si j’ai bien compris, il avait huit ans lorsque son père lui fit humer son premier whisky, ouvrant sans le savoir pour son fils les portes d’un univers dans lequel il va éclore, lui consacrant une vie entière.

C’est donc en 1966 qu’il entre dans cette discipline et rêve probablement de Brigitte Bardot, moins probablement du Général de Gaulle, va voir la toute première édition de Stark Trek qui sait.

Nous pourrons voir quelques documents d’époque, journaux et même photos de famille.

 

L’homme est chaud…se servant un verre de King Alexandre, dont il venait de proposer la toile fondatrice du ‘Mythe’ exposée au musée national d’Édimbourg, représentant le chef du clan Mackenzie sauvant de l’assaut d’un cerf le Roi à même le sol, il fait tourner le liquide dans son verre avant de le faire jaillir dans une gerbe ambrée, trois mètres derrière lui.

Nous sommes prévenus, le premier qui déroge à la bonne manière de déguster son whisky prendra un coup de fingers in your eyes !

Il n’est pas non plus la peine d’avaler son whisky comme un cowboy, joignant le geste à la parole.

Une ronde rodée au millimètre par R.P. qui pourtant a dû servir ce show et ce n’est nullement péjoratif des milliers de fois.

Mais qui pour celui qui y assiste est gravé à jamais dans sa mémoire et c’est mon cas.

Nous allons apprendre et surtout rire, passer un agréable, très agréable moment qui semblera passer bien trop vite tant la compagnie est appréciable.

Je découvre un homme extrêmement charmant, qui viendra à l’interlude me demander si je comprends bien tout ce qu’il dit, je suis impressionné par cette noble simplicité.

Je demanderai une dédicace de ma boîte de King Alexandre, ainsi que du livre que nous aurons tous reçu également pour mon fils, un ouvrage magnifiquement illustré.

Tout naturellement je lui montrerai une photo de mon fils qui le fera sourire et avant de partir vraiment, je lui tendrai une dernière fois la main pour le remercier d’être venu à notre rencontre ici en Belgique, où il n’était pas venu depuis si longtemps et encore une fois il me demandera si mon petit Léo passe de bonnes nuits et surtout me dira de prendre bien soins de lui.

Si je décris cela c’est pour dresser le portrait d’un homme qui donne de sa personne, clairement il n’est pas obligé et il le fait spontanément.

Il y a là pour beaucoup, des leçons de modestie à prendre.

Pour ce qui est de la dégustation proprement dite, elle commence par la version Quintessence, maturée dans des fûts de bourbon et affinée dans cinq types de fûts de vins californiens.

Cinq cépages, Zinfandel, Pinot noir, Merlot, Cabernet Sauvignon, Syrah.

Pour moi qui ne suis pas fan des finitions en fûts de vins et bien j’ai adoré son côté orange, chocolat, mais aussi ce flot d’épices qui déferlent, soutenu par un 45% idéal.

Les tanins ne me dérangeront pas outre mesure.

 

Pour la version 35Y je ferai une note séparée plus tard.

Ensuite le 40Y dont seulement deux bouteilles étaient disponibles en Belgique si j’ai bien entendu.

Un whisky au nez très frais, fruité, sur les fruits exotiques. Melon, pêche melba, ananas. Toujours les marqueurs de chocolat, de café, d’orange…

Un whisky qui aura passé 33 ans en fûts de bourbon avant de passer 7 ans en fûts de sherry Matusalem de chez Gonzales Byass, un assemblage de Fino et de Pedro Ximenez. Couleur naturelle, 42,3%. Une pépite.

Nous découvrirons ensuite ce fameux sherry âgé de 30 ans, dont les notes d’une incroyable intensité explosent aux narines. Du chocolat, mais surtout de cet expresso, ce café moulu, du biscuit au cacao…Déconcertant au nez et un délice en bouche vraiment, un produit qui m’a mis une claque.

Ensuite un Porto Graham’s de 20Y un Tawny avec ses arômes de cassis, de prunes tout a fait délicieux.

Puis un verre de Champagne Grand Cru de la maison Henri Giraud, du pinot noir et chardonnay, vieillit longuement en barrique. Autant vous dire, rien de comparable avec tout ce que j’ai eu l’occasion de goûter comme Champagne jusqu’ici et servi à une température parfaite.

Pour terminer un Dalmore 50Y distillé le 1er décembre 1966 qui fera l’objet d’une dégustation individuelle, si j’arrive à me convaincre d’ouvrir un sample qui vaut quand même 700 euros.

Un whisky vieillit durant 37 ans en fût de bourbon, 9 ans en fût de sherry Matusalem Oloroso, 4 ans en fût de Porto, une petite année à nouveau en fût de bourbon, avant de terminer par 50 jours en fût de Champagne du domaine Henri Giraud.

Une soirée qui s’achèvera vers onze heures pour moi car il y avait un peu de route, mais je reviendrai probablement chez Tasttoe, car vraiment tout y est.

Bien entendu il faudra que je fasse des économies, car impossible de ne pas craquer.

L’adresse: Leuvensesteenweg 193 à Boortmeerbeek, allez-y et dites moi si je raconte n’importe quoi !!!

Merci à The Nectar, aux patrons de Tasttoe comme quoi le nord et le sud du pays ne sont pas si éloignés et bien entendu à Richard Paterson lui-même, qui ne lira probablement pas ces quelques lignes, mais duquel je me souviendrai toute la vie.

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