Ce 06 septembre j’ai eu la chance de pouvoir être compté parmi la petite trentaine d’invités de l’importateur The Nectar, dans son temple des spiritueux Tasttoe, afin de partager une soirée consacrée à la maison d’assemblage Compass Box, en présence de son créateur John Glaser.

Tout comme l’an dernier lors de la venue de Richard Paterson, l’événement était attendu avec impatience.

En effet John Glaser a rarement l’occasion de venir rencontrer son public belge, comme me le confiait Céline Têtu son ambassadrice en Europe.

Régulièrement présent aux Etats-Unis, qui représentent une grande part de marché et bien entendu dans ses locaux britanniques, à la confection de ses futures créations.

C’est bien entendu la rançon du succès, mais pour ce monsieur cela signifie surtout, être sur la route encore et toujours.

J’aime toujours commencer par tailler le costard du bonhomme.

Le constat en général que je fais de ces rencontres est que dans le monde du whisky, nous sommes entre gens de bonne compagnie.

Ce grand monsieur qui allie décontraction et élégance, ne déroge pas à la règle.

John Glaser partage son expérience, son cheminement qui nous le savons n’est pas toujours de tout repos au travers de cette institution très traditionaliste.

Son attitude est assurée et très posée, l’humour bien entendu qui va d’emblée installer un climat bon enfant.

 Il nous confie en levé de rideau qu’il fera au plus vite, car le barbecue qui se prépare à l’extérieur rappel à son estomac que la faim le tiraille.

Bien entendu il prendra le temps pour chaque question et surtout retracer avec nous son parcours au fil d’une dégustation composée de 7 whiskies très différents les uns des autres par leur composition, mais aussi probablement par la façon dont ils pourront être dégustés.

Merci d’ailleurs à Pierre D’Haeseleer pour ses magnifiques Highballs préparés sur base du Compass Box Great King Street. Ils furent je crois appréciés par toute l’assemblée et approuvés par nos compagnons de soirée Arnaud et Fred.

Nous avons débuté par trois blends, association de whisky de grain et de malt.

Des whiskies faciles d’accès, doux et qui seront parfait selon John Glaser pour une soirée entre amis autour et oui d’un barbecue.

Deux versions Great King St et…

Hedonism, là où Compass Box est né, dans la cuisine de J.G. 

Collectionneur probable il est alors un consommateur presque comme les autres, mais créateur et artiste certainement dans l’âme, il flâne entre ses bouteilles.

Il va rapidement réaliser l’extraordinaire potentiel créatif que cela représente.

Bien entendu les amateurs de whiskies single malt sont nombreux et souvent n’apprécient pleinement la chose que sous cette forme.

Bien entendu la présence d’institutions comme Johnnie Walker, Chivas qui représentent près de 90% du marché du whisky dans le monde, je parle des assembleurs en général, ne risque pas de faciliter la tâche d’un jeune un peu optimiste. 

Mais rien n’arrête l’intention, le désir, la passion, c’est ce qui fait avancer le monde, qui fait que nous nous levons tous les matins.

Sur sa table de cuisine John va installer une grande mesurette et ainsi débuter avec ses propres bouteilles, un peu de ci, un peu de ça.

Il fixera rapidement l’idée qu’un apport plus important de single malt va donner du caractère au produit fini, ce qui va déjà à l’encontre des pratiques de l’époque. 

Néanmoins il n’est pas réfractaire aux single grain, plus compliqués à travailler probablement, mais lorsqu’il tient un vieux Caledonian par exemple, il sait directement en reconnaître la valeur et l’intérêt dans un bon assemblage.

De cette démarche va naître Hedonism, un whisky qui va rapidement rencontrer son public, qui va surprendre ceux qui auront l’occasion de le goûter, un whisky qui va bousculer les certitudes acquises et troubler les convaincus du single malt.

La porte est ouverte et dès lors les limites déjà lointaines des saveurs du whisky, deviennent pour John encore repoussées au delà d’où porte son regard.

La progression de la marque sera soutenue par l’époque également.

Le whisky deviendra plus socialement reconnu, je veux dire qu’il sera “bon” d’être de ceux qui boivent du whisky, ou reconnus comme tels.

Le développement des cavistes, des importateurs aussi, John nous dira comme il était impensable d’avoir comme c’est le cas chez Tasttoe, une telle diversité, un tel choix en la matière, littéralement des murs de spiritueux.

L’utilisation du whisky comme base de cocktails également et tous ces éléments qui marqueront l’époque de ses débuts, il y a environ vingt ans maintenant, feront la réussite du projet.

Compass Box c’est avant tout une philosophie, à laquelle certain adhèrent, d’autres pas du tout.

L’une des réflexions de base est la suivante.

Le whisky en général n’est-il pas issu de l’art du blending et ce dans les pages les plus nobles de son histoire, c’est à dire dans le single malt ?

Hormis dans le cas d’un single cask, dernier rempart tenu par les “traditionalistes”, la création d’un whisky, d’un batch n’est-il pas le fruit d’un savant assemblage de fûts ? 

Ne va-t-on pas faire appel à nos sens, afin de tenter de reproduire au plus près chaque lots, pourtant composés d’une diversité de personnalités de fûts ?

Vous me direz oui mais si nous allons par là… oui et c’est exactement par là que se dirige John Glaser, bousculant tous les concepts, tel un écureuil fou dans un magasin de vieilles faïences de Westminster.

De cela il jouera bien entendu et je n’ose imaginer ce que pensent de lui ceux qui détiennent le pouvoir de faire évoluer la législation en la matière. Peut-être se disent-ils “Bon sang quel emmerdeur !”.

Il embouteillera le dernier Vatted Malt en pleine rue, plongera du bois dans ses fûts de Spice Tree, mélangera les douelles de ses fûts, produisant des éditions qui sont devenues des collectors absolus, surtout depuis que cela lui a été interdit, “D’accord, vendez ça et ne recommencez pas”, voici un rappel à l’ordre qu’il commence à connaître.

Il luttera pour la transparence sur les bouteilles de blends, afin d’y autoriser l’affichage des noms et âges des composants.

Une hérésie que cette loi qui en même temps permet à Compass Box de livrer ces informations sur simple demande, nous avons d’ailleurs hier eu beaucoup d’éléments sur la composition de ces blends, car nous l’avons simplement demandé de vive voix.

Cette même loi qui oblige à indiquer l’âge du whisky le plus jeune du mélange, même s’il s’agit d’une cuillère à thé dans une piscine, ce qui donnera naissance à la version 3Y Deluxe.

Compass Box, c’est également une question de principes.

Si toutes les raisons qui font sa différence et surtout son combat sont justifiables, elles sont également  prises à revers par J.G. lui même.

Pour lui l’âge d’un whisky n’est qu’un chiffre sur la bouteille, il est avant tout destiné à procurer du plaisir, quelque soit votre manière favorite de l’apprécier.

Il nous dira, “ok boire un whisky, ce n’est pas rentrer dans une église”, faites à votre façon.

Je me suis bousculé moi même dans mes certitudes et dans la manière dont je me suis façonné dans le monde du whisky.

Faisons simple, bien souvent le blocage provient de l’idée que cela n’est pas la méthode traditionnelle de faire du whisky.

Le problème survient pour moi lorsque cela devient un argument !

La ligne de conduite n’est pas claire pour moi, même si je n’ai pas au fond de moi la réponse. Est-ce une bonne chose d’expérimenter ? Jusqu’où, à quoi cela expose la tradition, où fixer dès lors les limites ?

Mon point de vue est que tout cela mérite réflexion et surtout un débat au sein des institutions.

C’est un peu l’opposition du figuratif et de l’abstrait, où se situe la frontière où les deux pourront se retrouver ? Nous ne le saurons peut-être jamais.

Alors au programme de la soirée, bien entendu du whisky.

J’aurai l’occasion de réaliser dans un délais raisonnable trois notes de dégustations qui concerneront deux nouveautés 2018, ainsi qu’une version limitée d’un single marrying cask sélectionné par The Nectar.

Single marrying cask, appellation jamais vue, qui donnera qui sait peut-être lieu à une nouvelle réprimande à l’attention du boss.

En attendant et bien vous aurez pu le constater, le blog s’intéresse à cette maison depuis un moment, même si nous n’avons pas toujours l’occasion de tester ici les nouveautés.

Toutefois vous pourrez en attendant de découvrir la suite, retrouver un avis sur deux embouteillages présents à cette soirée, Hedonism et Spice Tree, juste ici dessous.

Bonne lecture et à très vite.

Je remercie chaleureusement Mario Groteklaes fondateur de The Nectar, Rens Defrenne pour qui les solutions remplacent toujours les problèmes, ainsi que Arnaud, Bernard et Nancy pour cette belle soirée, mais encore Fred et Michael…

Santé
Santé !
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