Port Ellen – 1969/1985 – 15yo – Gordon & MacPhail – for Meregalli Import – Celtic Label – 64,7%
Elle fait sûrement partie des bouteilles les plus mythiques de Port Ellen. Embouteillé par Gordon & Macphail, il était destiné aux italiens de Meregalli, dans la collection des Celtic label qui avait notamment vue sortir un Caol Ila de la même époque. Un relativement jeune Port Ellen des années 60, à presque 65% qui avait de quoi faire rêver. Mais, à l’instar de certaines bouteilles, cette version n’a t-elle pas une réputation quelque peu surfaite ? Pas du tout !!!
Nez : L’alcool est bien là et on démarre sur une tourbe sèche qui rebondit sur l’herbe séchée puis le foin. Cela s’accompagne de gelée royale avec un apport massif d’agrumes (orange, pamplemousse rose). Ensuite on dérive vers des notes de pain de mie, de thym, avec des fruits exotiques (mangue, papaye). On voyage à travers des terres herbacées, une savane qui se pare de fruité. Un peu dantesque comme entrée.
Il y a alors de la crème fraîche mêlé à des notes huileuses, salées ainsi que des touches de fleurs capiteuses. Le nez s’ouvre alors plus clairement sur une nappe d’hydrocarbures salée. Du lait d’amande, du malt torréfié et de la gelée royale ressortent avec l’ouverture. Il y a également une fraîcheur (sauge, aromates) et des notes vertes (réglisse). C’est fin et d’une rare élégance toujours à cheval entre un aspect austère vert et des huiles de tourbe vives et grasses.
L’eau va renforcer son caractère gras et assouplir sa verdure. On repart donc sur du fruit de la passion, de l’ananas rôti, de la goyave et des agrumes qui se réveillent en groupe. Le fruité est succulent mais n’est pas exubérant. On reste dans la subtilité à chaque instant malgré une vraie puissance sous-jacente. Cet équilibre plus rond ajoute de la gourmandise mais apporte d’autres aspects. Le nez dévoile alors du beignet au sucre, des pointes de lavande et de pivoine tout en conservant un amalgame improbable entre les agrumes et la menthe glaciale.
On a également du porridge mais cela change constamment. Même après une bonne heure, il ne se stabilise pas, les rotations sont continuelles. On découvre ensuite de la groseille en gelée et des pointes fermières, du poivre de Sichuan. La dernière variation est sur la tarte aux abricots et à la chantilly toujours avec du sel mais désormais avec de l’ardoise.
Un nez proprement hallucinant, au caractère trempé et au développement tentaculaire. Une grosse claque d’entrée. Boum.
Bouche : on a des notes de tourbe à foison. On passe de la térébenthine à cette substance oléagineuse salée perçue au nez. On a également des embruns avec une puissance inouïe de cette architecture à la fois pétrochimique et iodée, pétrie sur un fond végétal. Les agrumes ne se sont pas faits la malle (citron, orange confite) alors que la papaye fumée débarque. On a une texture qui s’enrichit d’un miellé subtil. Il est un peu vif en l’état même si on ne peut pas dire qu’il soit réellement brûlant.
Avec de l’eau, la texture devient plus soyeuse avec une fumée tirant sur le réglisse, des notes de sel majorées. Une acidité douce (citron confit, pamplemousse) se détache avec du moka et une belle constance du miel. La seconde partie de bouche renforce le réglisse tandis qu’on à un beurre légèrement goudronné, du thym, du fruit de la passion, de l’iode mais aussi une pointe minérale, de la tartelette aux fruits exotiques (acidulé léger) et du caoutchouc arrondi par du beurre.
La bouche est entière et mérite une adjonction d’eau afin de calmer l’ardeur de ce dram. On passe alors d’une bataille entre une chimie soutenue autour des agrumes à un mélange bariolé de saveurs. C’est vraiment bluffant tellement le plaisir immédiat et sauvage est remplacé par une diffusion lente mais percutante.
Finale : c’est juste interminable avec des notes de poisson séché, d’ananas et de pamplemousse avant qu’il y ait un retour sur les cendres légères et les fameuses notes de pétrole marin. L’eau ajoute de la complexité avec du miel, de l’ananas, de la fumée douce ainsi que du malt légèrement biscuité. L’orange amère débarque alors sur l’arrière-bouche avec du thym et de la papaye fumée.
Note : 97
Résumé : Un dram vraiment stratosphérique (et cela n’a que 15 ans !!), peut-être moins immédiat qu’un Bowmore 60’s. Il possède un nez qui part dans toutes les directions sans jamais vouloir ralentir la cadence. En bouche, si sans eau il est d’une redoutable efficacité, il devient d’une superbe complexité lorsqu’on le fait nager. A chaque étape, la puissance se déchaîne mais en entraînant une profusion de saveurs, toujours délicatement distribuées. C’est un peu comme si Mike Tyson ou plutôt Ken Buchanan vous donnait un uppercut en vous récitant du Robert Burns.

Photos : http://www.whiskyandco.net/port-ellen-19691985-15yo-gordon-macphail-for-meregalli-import-celtic-label-649/

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