Ernest Henry Shackleton était un explorateur britannique, né en 1874, mort en 1922.

Il fait donc partie de ces héros, ou considérés comme tels, qui en dépit du danger traversaient les océans aux commandes de navires de bois et de voiles.

Malgré un premier échec en 1901, aux côtés de Robert Falcon Scott, E.H. Shackleton reprendra le large pour accomplir sa destinée lors des expéditions Nimrod en 1907 et la plus célèbre aujourd’hui Endurance en 1914.

Après des années passées à donner des conférences, sa dernière exploration se profile à l’horizon. Il l’ignore encore, mais elle lui sera fatale.

Au départ de Rio de Janeiro il aura un premier malaise cardiaque, mais contre l’avis de son médecin, le Boss comme le surnommaient ses hommes d’équipage, décide de poursuivre l’aventure et surtout de ne pas stopper ses excès de boissons.

Lors de l’escale au port de Grytviken, en Géorgie du sud le 05 janvier 1922 la légende s’éfondre, victime d’une seconde crise cardiaque. Le Boss est mort.

Mais les héros aussi ont leurs faiblesses et il semble que notre homme était suffisamment attaché au trésor national qu’est le whisky, pour ne jamais omettre d’en embarquer quelques caisses, juste au cas ou!

Sa première grande exploration est celle du pôle sud géographique et magnétique, baptisée Nimrod, elle est intimement liée à l’existence de ce whisky que nous goûterons plus tard.

C’est en 1908 que le bateau quitte les côtes néo Zélandaises en direction de la barrière de Ross, ou selon les conditions, des terres du Roi Edouard le septième.

Bien qu’ayant promis de ne pas s’établir dans le détroit de Mc Murdo, pour des raisons disons “politiques”, suite au manque de charbon et à l’impossibilité de poser le pied ailleurs, l’équipage se dirige tout de même vers celui-ci.

C’est à Hut Point, près de la base établie par une expédition précédente (Discovery), que le navire se pose dans la glace, un mois après le départ.

D’octobre 1908 à janvier 1909, Shackleton, accompagné de trois hommes va parcourir 3000 Km, afin d’atteindre la latitude 88°23’Sud, c’est à dire 100 miles avant le pôle absolu.

Ils sont les premiers à fouler le plateau antarctique.

A son retour il est un héros, il publie ‘The Heart of the Antarctic’ et sera anobli par le Roi.

C’est en 2007 qu’une équipe néo-Zélandaise retrouve le camp de Nimrod.

Sous les baraquements elle met la main sur trois caisses signées MacKinlay’s Rare Old Highland Malt Whisky, abandonnées à la glace durant un siècle.

Pour des raisons à nouveau politiques, décidément ils nous emm… ceux là, il fallut attendre quatre ans avant que les bouteilles regagnent leur patrie.

Whyte & Mackay reçu en 2011 trois bouteilles afin d’en étudier le contenu, étant donné qu’il s’agissait de l’embouteilleur propriétaire à l’époque de MacKinlay’s.

C’est au célèbre maître assembleur Richard Paterson, qui par ailleurs a du vivre l’une des plus grande expérience dans le domaine du whisky à cette occasion, qu’est revenu l’immense privilège, mais aussi la lourde responsabilité d’extraire le nectar et surtout tenter de le comprendre, d’entendre ce qu’il avait à dire de ses années de ténèbres de glace.

Pour un volume d’alcool de 47,6%, le whisky n’avait pas gelé, il était encore très parfumé, fruité, avec une pointe de tourbe.

A l’origine le blend MacKinlay’s contenait du Glen Mhor, c’est pourquoi Richard Paterson décida de sacrifier deux fûts âgés de 30Y que possédait encore Whyte & Mackay. On y trouva encore du Glenfarclas, Tamnavulin, Dalmore et divers single malt du Speyside.

L’assemblage porté à 3,5 ppm se mariera encore durant dix semaines avant d’être embouteillé à 50.000 exemplaires.

Le prix 120 euros, ce qui me laisse penser que chaque bouteille ne doit pas contenir trop de Glen Mhor 30Y, mais bon l’histoire est belle non?

Un second batch sera produit, un surplus du premier de 100.000 bouteilles quand même, mwouais c’est bon que c’est toi Paterson.

Celui-ci aurait connu une période d’assemblage plus longue et serait encore plus proche de l’authentique…

L’expédition qui rendit l’explorateur célèbre est celle de l’Endurance, de 1914 à 1917.

Pour résumé, alors que la première guerre mondiale venait d’être déclarée, l’Endurance reçu néanmoins l’accord du premier Lord de l’amirauté, un certain Winston Churchill, afin de prendre le départ des côtes britanniques le huit août direction Buenos Aires où l’attend Shackleton.

Lorsqu’il arrive en mer de Weddell le temps commence à se gâter, jusqu’au dix neuf janvier ou il se trouve totalement bloqué par les glaces et va dériver lentement vers le nord.

Le vingt et un novembre 1915, après avoir subi d’énorme pression, la coque va céder et Endurance va sombrer au fond de l’océan.

L’équipage va camper jusqu’au mois d’avril sur la banquise, il va ensuite être contraint de mettre les canots à l’eau, celle-ci étant devenue trop fragile.

Dans des conditions difficiles ils vont rejoindre l’île de l’éléphant, parant au plus urgent, trouver un morceau de terre d’où lancer une tout autre expédition que celle prévue au départ, sauver tout un équipage d’une mort lente faite de froid et de faim.

C’est à cet effet que le Boss va prendre la tête d’un canot, le James Caird, customisé par son charpentier.

Accompagné par cinq hommes au courage à toutes épreuves, avec pour survivre quatre semaines de provisions, Shackleton va naviguer quinze jours dans des conditions abominables pour rejoindre une station baleinière en Géorgie du sud.

Après avoir touché enfin la terre ferme, cette fois accompagné des deux hommes pouvant encore tenir debout, il fallut encore trente six heures de marche forcée pour enfin atteindre la civilisation, encore une fois dans le froid, la neige, au travers du profil montagneux de l’île.

Par le courage de ces hommes et la ténacité de celui qui mena cette expédition, personne ne perdit la vie alors que tout semblait prédire le contraire.

A son retour, bien qu’affaibli, il participera à l’effort de guerre et sera proclamé Officier de l’Ordre de l’Empire Britannique.

Alors oui il picolait certainement trop, mais franchement vous croyez que c’est un buveur de tisane qui aurait pu accomplir ces exploits?

  • MacKinlay’s Shackleton’s Journey Rare Old Highland Malt, bottled 2013, 47,3%.

Nez: Très doux, fruité. Pommes, vanille. En effet il y a quelque chose d’un peu plus lourd et poisseux qui pourrait être la tourbe. Réglisse et autres plantes aromatiques.

Bouche: C’est bien gras, pommes et notes de vanille, de végétaux. Une certaine austérité que l’on retrouve peu il est vrai dans les whiskies modernes. Des épices poivrées, ainsi qu’une fumée de feuilles et de mousse.

Finale: C’est là que s’exprime le plus la tourbe. Du cuir, des plantes médicinales. Thé amère.

Bon ben il ne me reste plus qu’à goûter l’original, mais où ai-je encore foutu le numéro de Richard Paterson…?

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