Brachadair, l’embouteillage en famille

Brachadair signifie malteur. Derrière cette appellation gaélique, on trouve un tout jeune embouteilleur belge qui possède à son actif 3 embouteillages datant de 2013. Whiskyandco.net s’est intéressé aux perspectives d’un nouvel arrivant sur le marché du spiritueux. Rencontre avec Patrick Vanderlinden, un homme pour qui whisky rime avec bon sens, famille et… hobby.

L’homme

Bonjour Patrick. Merci d’accepter notre interview et de nous consacrer un peu de votre temps. Pour commencer, une question simple : quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser au whisky ?

Peut-être devrais-je commencer en racontant comment cela a failli tourner au vinaigre. Je devais avoir 15 ou 16 ans. C’était un samedi soir, et j’avais un mal de dents terrible. Je me suis brossé les dents, et comme les antalgiques n’ont pas fonctionné, j’ai utilisé le whisky en dernier recours pour anesthésier et faire partir la douleur. J’ai pris une grosse lampée de Johnnie Walker Red Label et je l’ai gardé en bouche en espérant que cela fonctionne. C’était une erreur, mais moins grosse que la suivante : je l’ai avalé. La douleur est restée et j’ai juré de ne plus jamais boire de whisky. Heureusement, la sagesse vient avec l’âge… J’ai toujours eu un (gros) faible pour l’Écosse : le pays, son histoire, ses habitants… Et après ma première visite, il y a 25 ans, le whisky. Je me souviens avoir visité plusieurs distilleries mais je n’oublierai jamais la première : Royal Lochnagar. Le samedi, on avait assisté aux Highland Games (NDLR : jeux sportifs réalisés en kilt et célébrant la culture écossaise) à Braemar, et en rejoignant Aberdeen le dimanche, on s’est arrêté à la distillerie Lochnagar. Je me rappelle qu’après cette visite, nous avons pris un dram au premier étage d’un entrepôt, alors qu’on pouvait voir le whisky dans les fûts, en pleine maturation, juste en dessous de nous. Imaginez alors notre surprise et notre déception quand, alors que nous pouvions boire du whisky, nous n’avons pas pu acheter de bouteilles car ils n’étaient pas autorisés à en vendre le dimanche ! On connaît la suite…

Brachadair a moins de deux ans d’existence. Que faisiez-vous avant de vous lancer dans cette aventure ?

J’ai un boulot à temps plein. Brachadair et le whisky est un hobby qui est devenu un peu plus sérieux depuis un an et demi. Donc je fais à peu près la même chose qu’avant, sauf que je passe une plus grande partie de mon temps « libre » sur Brachadair.

Je suis curieux : quel est votre emploi ? Parce que je trouve que la présentation de votre site est très pédagogique !

J’ai travaillé pendant 25 années dans l’informatique, dont les 10 dernières dans la sécurité informatique. Fin 2012, j’en ai eu marre de la mentalité et de la manière de travailler dans ce domaine, et je suis donc devenu analyste commercial pour HR&O. Mais la sécurité informatique me manque. Je n’ai pas vraiment d’expérience en conception de sites web, alors cela m’a pris un peu de temps pour appréhender l’outil (Joomla) et pour développer le site. Ce n’est pas très tape-à-l’œil mais je suis content du résultat.

Une question de choix

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont vos divers rôles au sein de Brachadair ?

J’ai lancé Brachadair avec deux neveux. Ils aiment le bon whisky mais ils n’ont pas mon « drive ». Leur rôle principal est d’apporter leur soutien financier et commercial. Cela veut dire que je fais à peu près tout le reste : sélectionner les fûts, organiser les dégustations, élaborer et mettre à jour le site web et le compte Facebook, contacter les magasins de whisky…

On se demande parfois comment un embouteilleur parvient à sélectionner un fût.
Quelle est votre méthodologie ?

Je pense que différents facteurs influencent votre sélection de fûts :
– Tout le monde veut un Port Ellen, un Ardbeg ou un Brora… Mais d’abord, vous devez les trouver et ensuite être capable de les acheter. Je ne suis pas encore tombé sur un de ces « Most-wanted », et si j’en trouvais un je n’aurais pas les moyens de l’acheter, Brachadair étant très jeune.
– Les fournisseurs et les fûts sont limités, tout du moins ceux auxquels j’ai accès. J’ai toujours perçu les personnes qui organisent et vendent du whisky, et ceux qui organisent des dégustations, comme des « apôtres » répandant la bonne parole à propos des single malts et partageant leur savoir uniquement pour vous convaincre de la beauté du whisky. Toutefois, quand il s’agit de révéler la provenance de leurs fûts, rares sont les collègues qui veulent vous aider. Je dirais que c’est le plus gros problème de Brachadair pour le moment : trouver les bons fûts.
– Je suis parti avec l’idée d’obtenir d’abord une gamme de base de six ou sept whiskys, un de chaque région. Ainsi, vous pouvez tout avoir pour une dégustation ou un salon. Nous avons un Speysider bourbon, un Highlander insulaire et un Islay. Les prochains embouteillages devraient être un Highlander, un Campbeltown et un Lowlander. Le septième pourrait être un Speysider sherry, mais on verra en temps voulu. Je ne suis pas un fan de whisky sherry, alors vous aurez probablement plus de chances de voir un bourbon cask qu’un sherry cask chez Brachadair.
Je ne recherche pas de très vieux malt. Pas seulement parce qu’ils sont plus durs à trouver et plus chers, mais aussi parce que proposer un bon whisky qui serait plus jeune requiert plus d’expertise. Une fois que vous avez choisi un whisky, le fournisseur détermine le processus de sélection : certains ont plusieurs fûts du même whisky, d’autres n’en ont qu’un seul. Tandis que dans le second cas, vous avez juste le choix d’aimer ou pas (comme nos Arran et nos Laphroaig), dans le premier, vous pouvez comparer et sélectionner, ce qui est bien plus fun. Ce fut le cas pour le Braeval qui était, selon moi, le meilleur des sept fûts.

Les embouteilleurs ont parfois des chouchous : vous êtes plus bourbon cask.
Que pensez-vous des finitions (vin, porto…) ?

Il y a quelques finishs qui ne me déçoivent quasiment jamais : rhum et sauternes. Il existe aussi de bons porto finish (Glenmorangie Quinta Ruban, quelques BenRiach). En général je n’aime pas les finitions en vin rouge ou en sherry (enfin… je n’aime pas le sherry, point), en champagne ou en cognac et toutes les autres expérimentations qui ont été tentées… Mais parfois vous tombez sur l’exception. Donc, si vous me demandez si j’embouteillerai un jour un whisky avec une « finition », je dirais : oui, si j’ai de la chance et si je trouve quelque chose que j’aime vraiment (donc probablement rhum ou sauternes). Mais si possible, j’aimerais d’abord monter ma gamme de base.

De nombreuses bouteilles arrivent sur le marché chaque mois.
Tentez-vous de surprendre, de vous démarquer, ou la qualité est votre unique critère ?

Disons que le critère principal est la qualité, ce qui veut dire que je ne sélectionnerai pas un fût qui à mes yeux n’est pas un bon rapport qualité/prix. Mais si j’ai le choix entre deux whiskys aussi bons l’un que l’autre, je choisirai de surprendre, comme vous le dites (comme je l’ai fait avec Braeval). Il y a un effet secondaire intéressant : du fait de payer un prix moins élevé pour le whisky le moins connu, le rapport qualité/prix n’en est que meilleur.

Retrouvez la suite de cette interview le vendredi 6 juin !

La seconde partie se trouve ici

Categories: Chroniques

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