Par où commencer ?

Bert Bruyneel débute dans le whisky comme tout le monde, un peu par hasard, vers le milieu des années ’90.

Mais comme pour nous tous, la morsure va être profonde…

Il va tâtonner à travers tout ce qui est à l’époque disponible sur le marché belge, échangeant des avis avec ses amis sur l’un ou l’autre whisky, en fouillant dans les livres et oui pas question de demander à un moteur de recherche bien connu de faire tout le boulot, l’âge d’or du whisky en quelque sorte.

En 1999 il fera une première rencontre qui semble déterminante, celle de Gustaaf De Bolle de ‘Whisky House’, juste en face de la distillerie Caol Ila. Il dira lui même que ce personnage deviendra  littéralement l’un de ses ‘Gourous’ de l’époque, qui contribuera à accélérer chez lui cette passion.

Mais l’envie est là et durant les années qui suivront, Bert va approfondir le sujet.

Il créera son propre club de whisky, ‘The Wee Dram Whisky Society’, la première année composé de deux membres, les fondateurs, mais rapidement ce sont des dizaines de personnes qui se réuniront régulièrement autour de celui qui rapidement devient le vrai connaisseur, j’ai envie de dire le vrai curieux.

C’est à cette époque qu’il rejoindra également le whisky club Lindores, une institution dans le monde du whisky, qui produit son propre festival et ses propres embouteillages sous le label LWS.

De son propre aveux, Bert est alors un sportif-festif, nous sommes en 2001, il a déjà à son actif quelques dizaines de dégustations.

C’est de ces deux activités que va naître en Belgique le tout premier blog sur le whisky.

Un blog qui n’aura rien de commun avec ce qui se fait aujourd’hui, il ne s’agira pas seulement d’un registre de notes de dégustations, ou d’un relais d’informations sur les nouveautés, mais souvent un genre de road-movie fait d’aventures, d’amis et bien entendu d’eau de vie.

Le blog de Bert va vivre cinq années durant, jusqu’à 2006.

Deux choses vont y mettre un terme, premièrement une forme de lassitude liée au fait de se sentir obligé de travailler sur le blog, de publier tous les jours quelque chose de neuf.

Ensuite lui parviendra une proposition qui à l’époque ne pouvait être refusée par quelqu’un de sensé, c’est à dire intégrer les Malt Maniacs, à cette époque où leur nombre était strictement limité à 24, composé d’experts, d’écrivains du whisky…et surtout où il fallait que l’un des membres en sorte pour pouvoir y entrer, une occasion unique.

Bert devra y réfléchir quelques millièmes de secondes avant d’accepter, ce choix lui fera certainement faire encore un énorme bon en avant pour son avenir dans le whisky. C’est lui même qui le dit, ‘la mailing list des Malt Maniacs est un trésor d’informations sur le whisky en général, ainsi que sur l’industrie’.

Bien entendu cette proposition ne venait pas par hasard, il s’était déjà fait remarquer en publiant quelques articles pour le site des Malt Maniacs, côtoyant alors des Serge Valentin ou Dave Broom. Vous pouvez retrouver ceux-ci dans les archives des MM dans les liens que je joins ci-dessous.

Il écrira également des articles pour le magazine Whisky Passion au Pays-Bas.

Mais semble-t-il pas du genre à rester en place très longtemps ou du moins enfermé dans une seule case à la fois, Il va à partir de 2009 prendre un virage qui il le sait va lui demander de quitter cette confrérie.

En effet il débutera d’abord une activité indépendante, qui le conduira à présenter des masterclass en collaboration avec divers importateurs.

Puis sur un coup de tête ou répondant à un défi, il va se lancer dans l’aventure de l’embouteillage indépendant. Activité incompatible avec sa position de Malt Maniacs.

 

Sa toute première mise en bouteilles sera un vieux Glenlivet 1977 âgé de 32Y, un bourbon cask à la force du fût. Mais celle qui lui mettra définitivement le pied à l’étrier, il la devra à son ami Billy Walker à l’époque occupé à redresser la distillerie victime du crash Pattison, créée en 1898 et fermée pour soixante cinq ans deux ans plus tard, The BenRiach.

Cette bouteille que Bert à eu l’extrême gentillesse de me faire déguster est une merveille et une rareté absolue.

Distillé le 22 décembre 1975 et embouteillé en mai 2011, ce whisky est un single cask dont il fut tiré 236 exemplaires à 51%. Il a connu une maturation dans un sherry hogshead et est tout simplement merveilleux de complexité.

 

Un whisky comme je les aimes profondément, gorgé de fruits exotiques, intense, dont les arômes sont fondus à souhait par le temps.

J’aurais aimé pouvoir le goûter seul mais il fut en réalité le point d’orgue d’une dégustation jalonnée de surprises d’une qualité extrême.

 

Nous sommes désormais sept ans plus tard, et il est évident que Asta Morris a transformé l’essai.

Aujourd’hui le catalogue de l’embouteilleur s’est enrichi d’une cinquantaine de références, il est surtout d’une grande diversité, touchant essentiellement des whiskies écossais, mais fait particulièrement rare, également et de plus en plus les whiskies japonais.

Il faut savoir que le Japon fonctionne pour l’exportation via des partenaires définis comme Number One Drinks par exemple, même si ce n’est pas une généralité.

Bert est un amoureux du pays du soleil levant, il s’y rendra d’ailleurs cette année pour la treizième fois.

Il y écumera les nombreux festivals, à la fois pour y faire la promotion de sa marque, mais pour y faire également des découvertes inédites.

Il ira visiter quelques distilleries et renforcer encore ses bonnes relations sur place.

En quelques mots, acheter un fût de whisky au Japon est très compliqué, culturellement les japonais dans leur vie professionnelle intègrent l’aspect relationnel.

La confiance s’installe très progressivement, le temps prenant un tout autre sens.

Asta Morris possède donc une version de la très jeune distillerie Chichibu, âgée de 5Y et un Eigashima du même âge.

Mon petit doigt me dit qu’il y aura bientôt des choses nouvelles à dire à ce sujet…

Pour suivre, la marque est présente en Australie, au Japon bien entendu, mais aussi au Canada, au Pays-Bas etc… mais n’oubliant pas sa patrie, elle souhaite proposer en Flandre et en Wallonie ses produits aussi variés que qualitatifs.

Sachez qu’une centaine de fûts dorment encore en Ecosse et sont autant de plaisir à venir dont vous pourrez probablement acquérir une part, puisque l’objectif de Bert Bruyneel est de proposer de bons produits pour un prix raisonnable, ce qu’il souhaite profondément c’est que les amateurs se fassent plaisir et ouvrent ses bouteilles, pour lui pas question de collectionner ou de renforcer un marché parallèle.

Comme un défi, Bert a également produit une marque de Gin, connue sous le nom de ‘NOG’ No Ordinary Gin, son objectif étant de prouver qu’il n’est pas nécessaire de multiplier les macérations pour produire un gin de qualité.

C’est d’ailleurs cette expérience qui donnera par “hasard” ou par une géniale “erreur” un whisky désormais connu sous le nom de “Glorious Bastard” et croyez moi, vous devez absolument le goûter.

L’histoire est simple, un single malt écossais dont nous ne donnerons pas le nom, vit une vie tranquille dans un ancien fût de bourbon de premier remplissage, un fût extrêmement généreux.

Bert décide alors de le faire passer dans un fût de second remplissage afin de le faire vieillir plus tranquillement quelques années encore.

Enfin dans un fût qu’il pense être de bourbon. Puisque lorsqu’il va le tester quelques temps plus tard, il va presque tomber de sa chaise. Le scotch avait été plongé dans un fût de Gin. Bert m’a confié que la première idée fut que ce whisky était bon pour la casse, mais à y réfléchir de plus près ce finish apporte au whisky une complexité folle et une déclinaison d’arômes qui du nez jusqu’à la finale fait voyager nos papilles dans des contrées étranges et inédites. J’en ferai une note de dégustation plus tard.

Cette année 2018 Asta Morris a pris des accents de mélodie reggae.

C’est en effet un tout autre virage qui donne un peu une image du fondateur, fonceur, hyperactif, mais surtout possédant une vision pragmatique de ce que doit être un embouteilleur, il doit proposer de la diversité!

De la diversité c’est cette année la naissance de la gamme ‘Rasta Morris’, dédiée aux rhums ou rum ou ron, mais toujours avec ce talent pour mettre la main sur des fûts exceptionnels.

Voyez par vous même ce Caroni âgé de 20 ans, que j’ai eu l’occasion de tester sur place, ainsi que ce Foursquare 13 ans.

 

 

J’aurai comme défi à venir de tester ces deux bêtes embouteillées full proof, non filtrées et sans ajout de sucre.

Cette gamme ne dérogera pas à la philosophie de Bert Bruyneel en matière de qualité, mais aussi en terme d’accessibilité au produit en lui même avec un prix à la sortie certainement sous la valeur actuelle du marché.

La marque poursuit donc sur sa lancée, avec une répartition progressive de ses produits sur le territoire, sans précipitation.

L’idée n’étant pas d’inonder le marché de bouteilles, mais de proposer un partenariat qui allie fidélité et exclusivité avec les cavistes associés.

 

 

 

 

Voilà qui termine le résumé de ma très sympathique rencontre avec Bert Bruyneel, que je remercie vivement, avec qui j’espère pouvoir toujours collaborer.

J’ai trouvé chez lui une vision que je peux partager sur de nombreux points, puisqu’il me semble sincère dans sa démarche.

Ce monsieur est un phénomène, il a un talent pour dénicher des pépites, je crois que le tester c’est l’adopter.

 

http://asta-morris.be/home.html

https://www.maltmadness.com/whisky/malt-maniacs/archive.html

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