Cela fait quelques années maintenant que les sites internet ont pris le relai des cavistes en ce qui concerne les conseils pointus et les embouteillages plus rares. Le phénomène d’internationalisation des embouteilleurs indépendants et des déséquilibres de distribution ont renforcé ce phénomène de diffusion d’informations partagées à travers le monde. Toutefois, comment s’y retrouver dans ce flux analytique, que nous allons sciemment entretenir sur whiskyandco.net, et qui ressemble plus à un torrent déchaîné qu’à un paisible ru de campagne ?

 

« Dis, tu as vu les dernières notes de Serge Valentin (Whiskyfun) ? », « Il lui a mis combien Ruben (Whiskynotes) ? », « Sur Whiskybase, il a combien de moyenne ? ».
Un discours qui est devenu un leitmotiv des amateurs de bons petits drams. Oui mais voilà, à quoi correspondent vraiment ces nouveaux dogmes de dégustation ? Derrière la consultation d’avis, l’individualité, l’achat juste et le plaisir sont-ils au centre des débats ? Eléments de réponse
(N’oubliez pas, en complément, notre échelle de notation Maison).

 

Descriptions : la notion de subjectivité sensorielle

 

Si les amateurs reconnaissent volontiers le caractère hautement personnel des goûts dans le whisky, la notion d’expertise semble parfois prendre l’ascendant. Ainsi, nous sommes rentrés dans une ère référentielle où les points de repère sont devenus quelques protagonistes à travers le monde. Bien sûr, nous ne leur jetons pas la pierre, ils n’y sont pour rien. Mais, le concept de vérité absolue a pris insidieusement du poids. Avec la recrudescence des avis divers et variés consultables, un effet mimétique ou un effet d’a priori peut voir le jour. Une bonne séance de dégustation à l’aveugle de temps en temps devrait vous convaincre de l’inutilité de repères extérieurs dans votre dégustation.

Ô toi amateur, fais confiance à tes sens car si la perception d’arômes sera souvent proche, l’appréciation est liée à des chaînes cérébrales, particulièrement liées à la mémoire.

À l’intérieur de nos cerveaux d’affect (l’amygdale), nous reconnaissons les odeurs (« La madeleine de Proust » en est un bon exemple). De par ce fait, l’émotion se lie souvent à nos ressentis face à nos whiskys et nous créons parfois des ponts qui renforcent positivement ou négativement nos goûts (rarement par une mémoire de notre petite enfance, mais une plus récente). Ainsi, (en caricaturant quelque peu), si vous vous régaliez avec la bonne tarte au citron de votre mère, il y a tout de même des chances que vous vous fassiez plaisir en trouvant un whisky très « zesty ». Au-delà du Nez, les saveurs en bouche fonctionnent sur le même carcan et c’est à ce moment-là que le whisky, tout comme la grande cuisine, devient une affaire d’émotions et d’expériences.

L’habitude vient aussi de ce que l’on expérimente. C’est donc la curiosité qui va être votre meilleur alliée pour décrire vos whiskys, et appréhender les impressions des autres. Orange, citron, yuzu ou mandarine ? Difficile de le dire si vous n’avez mangé que la moitié d’entre eux. Élémentaire, non ?

Après ce petit laïus, vous seriez tentés de me dire que les notes de dégustation publiées n’ont pas d’utilité pour chacun d’entre nous ? Il faut relativiser cela en voyant qu’on peut toujours se situer par rapport à un dégustateur qui, s’il est expérimenté, aura toujours un avis intéressant et jalonné par sa récurrence individuelle. Les sensibilités à certains parfums ressortent de manière évidente à la lecture des commentaires et, en comparant ses notes avec celles publiées, l’on peut aisément voir des schémas se dessiner (par rapport aux siens).

Vous l’aurez compris, une note de dégustation ne se prend pas au pied de la lettre. Les perceptions auront sûrement beaucoup de points communs. Cependant, il ne faut pas se focaliser sur un élément non senti mais sur l’ossature du dram, ses principaux traits et originalités. Votre passif vous orientera alors vers le choix le plus pertinent.

Les descriptions ne sont donc pas des dogmes professionnels (bien qu’il faille de la bouteille pour être pertinent) mais un appui souple qu’il faut appréhender avec intelligence.

Divers types de description peuvent se trouver selon les sites et rédacteurs. On peut tout à fait avoir des listing d’arômes ou des descriptions englobant des impressions plus vastes, le choix d’un résumé succinct ou a contrario d’une volonté d’exhaustivité. Tout cela dépend bien entendu de la régularité de publication. Bref, adaptez-vous aux sources qui vous conviennent.
Note : une notion indiscutable ?

 

Le raccourci serait facile. Pourquoi s’embêter à chercher quel est le profil du whisky alors que l’on peut voir par un simple chiffre si c’est un super spiritueux ou non ?

Il existe deux approches générales qu’il convient de cerner.

D’une part, l’approche blog, la dégustation personnifiée. On pourrait résumer cette façon d’appréhender la notation en disant que la note est une représentation de l’amour du dégustateur pour le produit. De ce fait, on peut retrouver des whiskys simples et sans prétention, mais en accord de profil avec le dégustateur, qui atteignent des notes très élevées. De même, des whiskys très bien faits mais situés hors de la zone de confort aromatique du dégustateur peuvent avoir une note assez faible.

D’autre part, l’approche jalonnée qui tente de diminuer la personnification en prenant en compte un ensemble de critères extérieurs au goût personnel du dégustateur. Cela ne veut pas dire que l’on est dans une objectivité tyrannique évidemment mais la stratification des notations est évidemment moins liée aux préférences personnelles qu’aux caractéristiques des produits dégustés.
L’important n’est pas de préférer l’une ou l’autre des méthodologies mais de bien comprendre les implications de chacune d’elles. Si ce n’est pas clairement explicité par le rédacteur, posez vous (ou posez lui) la question !

Les marchands ont bien dû se rendre compte de l’impact de ses chiffres puisque dès qu’une superbe note est donnée par les grands pontes online, les bouteilles se vendent comme des petits pains. Mais ces achats sont-ils vraiment déterminés par la qualité du whisky ? Il y a un effet réconfortant à savoir que l’on pourra toujours la revendre ultérieurement en arguant qu’untel ou untel lui avait mis une note formidable. Dans un monde du spiritueux spéculatif, dérégulé par « l’offre et la demande » jusqu’au-boutiste, il va de soi que ces pratiques se font de plus en plus présentes. Nonobstant, si c’est un achat destiné à se faire plaisir, rien ne sert de rentrer dans une course effrénée aux produits bien notés, rien ne sert de courir après les plus recherchés. Les notes ont donc une implication financière et commerciale tandis que leur but n’est que de situer un avis par rapport au type de whisky décrit.

On peut donc dire que la description et la note forment un bloc dont la scission est préjudiciable, un continuum nécessaire. Si un whisky très boisé est noté 92/100 alors que vous craigniez cette composante, quel sera l’intérêt pour vous ? Il faut donc recentrer ces lectures sur l’hédonisme. Celui qui sera logiquement véhiculé par la review du whisky, celui que vous rechercherez dans votre prochain verre.

Lire avec un œil avisé est probablement le meilleur conseil que l’on pourra vous donner dans la jungle des notations. Bien entendu, rien ne remplacera le fait de tester ces breuvages, rien ne remplacera le partage avec d’autres passionnés. Plus que des mots, on entre dans une sphère épicurienne qu’il ne faut altérer avec une vision trop rigoriste de l’art de boire. Pour conclure, laissons le whisky vivant. Les notes de dégustations sont des alliées précieuses mais il faut les observer par le prisme de ses inclinations, posément.
Whiskyandco : Appel à la clarté

 

Nombreux sont les échanges entre amalteurs à propos de la pertinence de notes et il convenait donc d’ajouter un petit mot sur la lecture du site et plus particulièrement de la méthode que j’emploie personnellement.

Tout d’abord, les descriptions sont rédigées et tentent de rendre compte au mieux des diverses composantes (arômes, textures, sensations…). Le vocabulaire est volontairement récurrent afin que vous vous retrouviez au mieux dans les terminologies employées. Au bout d’un certain temps, vous devriez cerner plus rapidement ce que cela implique en termes de qualité. Par ailleurs, si vous aviez un doute sur le sens d’un des mots employés, notre porte (virtuelle) est toujours ouverte.

Ensuite, l’approche jalonnée a évidemment ma préférence. La description, seule, rend déjà compte de la qualité du spiritueux mais on ne peut bien entendu pas tout quantifier, tout exprimer dans les moindres circonvolutions et la notation va justement donner cette modulation, cette précision qui manquait du fait du non-dit. De facto, il y a peu de chances que vous soyez face à des palinodies, choqué par une note en totale opposition avec le descriptif.

De même, du fait du choix initial, je peux noter très avantageusement un whisky que je n’aime pas et inversement noter de manière moyenne un whisky que j’apprécie fortement. Il va de soi que de nombreux lecteurs auraient probablement mis des notes totalement différentes selon leurs goûts personnels… Toutefois, il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit pas d’une appréciation de ma part et que c’est à vous, cher lecteur, d’appréhender la note de dégustation selon vos préférences, afin que l’expérience de lecture vous soit profitable. Ne confondez pas un affichage aisé (la note) et des méthodes de notation différentes.
Si on devait prendre un exemple schématique, sur un whisky qui ferait office de bon petit daily dram (noté 84 par ex.) : si le profil décrit rassemble pas mal points que vous n’aimez pas, il va de soi que votre « équivalent-note personnelle » sera plus bas (78 par ex) et si c’est exactement ce que vous appréciez, au contraire vous pourrez penser qu’il mérite un 90. Bien entendu, si ce que vous lisez est moins unilatéral (des plus et des moins ou une forme de neutralité par rapport à la description), la différence sera moindre.

Pour illustrer ce propos, je vous propose l’étude de 4 cas distincts, prenant en compte la note du site (échelle ici), l’appréciation du profil par le lecteur, le tarif (dépendant des finances de l’acheteur potentiel) et enfin l’intérêt à l’achat selon divers critères (collection, packaging, profil redondant…etc..) : 

Cas 1 ( Nikka blended whisky ) : Dans cet exemple, on retrouve un whisky qui ne semble pas mauvais mais qu’on ne conseillerait pas (note Whiskyandco : 78). Cyril connaît mal les whiskys japonais mais a entendu beaucoup de bien à leur sujet. Il lit donc la chronique et se dit : « J’ai encore du mal avec les bruts de fût et les notes de fleurs, c’est plutôt original ! Thomas semble craindre l’amertume de la finale mais je n’y suis pas trop sensible, cela ne devrait pas poser plus de problèmes que cela. Je ne suis pas sûr que ce soit un whisky fait pour moi mais il y a des éléments qui m’intriguent (Correction appréciation : 81). Je vais voir combien cela me coûterait… 30€ ! Ce n’est vraiment pas cher, c’est un prix de produit de supermarché. (Correction Tarif : 90). Bon, est-ce que je me prends une bouteille ? Je vais plutôt écouter Paul qui me disait qu’on achetait trop de bouteilles quand on était débutant et que nos goûts évoluent finalement assez fortement. Après tout, c’est plus de la curiosité que de l’envie (Correction d’Intérêt : 82). Si j’ai l’occasion de le goûter (échantillon, salon…) je le ferai mais ce sera tout ».

Cas 2 ( Benriach CS Batch 1 ) : Ici, on a un whisky agréable d’après la notation (84 sur l’échelle du site).
Max décrypte la note de dégustation : « Je suis souvent en adéquation avec les notes de Thomas, hormis sur les notes boisées, mais il n’y en a pas ici. Il n’y a pas de raison que mon avis soit différent (Appréciation : 84). La bouteille coûte 60€. Ce n’est pas un mauvais prix mais cela ne semble pas être l’affaire du siècle non plus, je préfère dépenser dans des produits « sûrs » (Tarif : 84). Je pourrais éventuellement l’acheter pour remplacer une bouteille terminée. Pour l’instant, je n’ai pas trop à me presser. Il me reste un fond de whisky irlandais pour ce qui est du fruité un peu plus sec en bouche et je préférerais peut-être acquérir une bouteille un peu plus intéressante quitte à mettre un peu plus d’argent. (Intérêt : 84) »

Cas 3 ( Heaven Hill 17 ans Cadenhead ) : Franck est un lecteur assidu. « Tiens, Thomas vient de chroniquer un vieux bourbon, je vais voir à quoi cela peut ressembler. 90 (Note W&Co) quand même ! Olala cet amas de fleurs, je sens que cela va m’écœurer assez rapidement et j’ai un peu peur que cela soit vraiment sec. Autant la mangue, les le pop-corn voire les épices, ça pourrait me plaire, autant le reste… (Appréciation : 84). Je vais aller voir le prix par curiosité. Un caviste me le propose à 170€, c’est beaucoup trop cher pour moi ! (Tarif : 80). C’est vrai qu’avoir un vieux bourbon cela pourrait être sympa et que le prix est bien inférieur aux derniers prix constatés. Mais il n’y a pas assez d’engouement autour de ce genre de bouteille pour que je l’utilise en tant qu’investissement. En plus, si elle me reste sur les bras, il y a des chances que je ne l’apprécie pas. Je passe. » (Intérêt : 78).

Cas 4 ( Glenesk 1984 Cooper’s Choice pour The Whisky Fair ) : Marco est un collectionneur qui lit certaines des dégustations du site. « Un Glenesk très bien noté (90), cela ne court pas les rues, c’est le moins que l’on puisse dire. D’habitude, c’est, au mieux, pas terrible. Effectivement, quand je vois les notes, cela me fait bien envie : les agrumes, les céréales, les fruits et un dram rond mais pas trop sucré (miel). J’ai une petite réserve sur la longueur et la puissance générale mais je suis à peu près sûr de vraiment aimer, surtout que les notes semblent précises (Appréciation : 92). Je viens de recevoir ma prime, 360€, étant donné la bouteille et la disponibilité de la distillerie, c’est vraiment pas mal.(Tarif : 94). Je n’ai aucun Glenesk et cela sera une des rares opportunités d’en avoir une de cette qualité. De surcroît, cela ira parfaitement avec les autres embouteillages de distilleries fermées que j’ai déjà. Allez banco ! » (Intérêt : 96)

 

Vous pourriez faire la même chose pour la notation blog, mais il faudra toutefois être capable d’extraire les préférences personnelles détaillées du rédacteur, afin de pouvoir connaître la rectification à apporter. Si ce n’est pas le cas, vous devrez vous fixer sur des profils où vous êtes certain d’être en résonance avec lui. Nonobstant, vous vous empêcherez de faire de belles découvertes de par un éventail de profils trop restreint.

Toutefois, il convient de faire une précision. Si on craint les épices, elles peuvent sembler plus fortes à notre palais. Normalement, par l’expérience, on peut traiter cette information en la remettant en perspective. Il existe pourtant des exceptions à cela, les profils extrêmes, qui dépassent le stade de la simple connotation et qui deviennent couvrants. La notation devient alors plus anecdotique et converge à cet instant avec la dégustation personnifiée.

Il faut également préciser que seul le liquide compte. Le tarif, le packaging ou ce genre de considération n’ont pas leur place dans nos lignes, si ce n’est dans une remarque dans le commentaire.
Encore une fois, soyez intelligent et remettez la dégustation dans votre contexte personnel. Est-ce qu’un profil qui vous plaît noté 88 à 100€, avec un packaging au goût douteux vous paraît-il plus intéressant qu’un profil qui vous plaît noté 85 à 55€ avec une étiquette graphique ? C’est votre portefeuille, votre façon de consommer ou de collectionner qui vont entrer en jeu. Ce n’est en aucun cas notre rôle de prendre ces facteurs en jeu, surtout que cela ajouterait une coloration subjective en inadéquation avec notre philosophie.

A Whiskyandco.net, nous ne prétendrons jamais être détenteurs de savoirs absolus. Nous sommes simplement des passionnés qui ferons partager nos connaissances et qui essaierons de vous aiguiller dans ce vaste univers malté.

 

Photos : http://www.whiskyandco.net/la-course-aux-bonnes-notes/

Categories: Chroniques

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